Mignonnes, The Mask You Live In, Midsommar… 1 an 100 films #2

Mi-septembre, je vous expliquais dans le premier article de cette série que j’avais voulu, pour développer ma connaissance cinématographique, me lancer le défi de visionner 100 films durant l’année à venir. J’en ai depuis regardé beaucoup (un peu plus d’une vingtaine), sans pour autant prendre le temps de vous faire un retour dessus, par manque de temps, et aussi par flemme un peu, j’avoue.

Je suis plutôt contente, car je me rends compte que plonger dans des films est de plus en plus simple pour moi au fur et à mesure de ce challenge, même si ça ne fait qu’un peu plus d’un mois et demi que j’ai commencé. Je commence vraiment à me prêter au jeu, là où j’avais avant un peu de réticences avant à me lancer dans l’inconnu pour une durée d’1h30 à 3h et préférais le confort d’une bonne série.

Cette fois-ci, on se retrouve pour cinq nouveaux films. Tout d’abord, The Mask You Live In, un documentaire sur la masculinité que je conseille vivement à tou.te.s et Mignonnes, film abordant la thématique de la sexualisation des jeunes filles qui a été l’objet d’une grande polémique le mois dernier. Puis Moonlight, nommé Meilleur film aux Oscars 2017, qui aborde la question de l’homosexualité et de ce que cela fait de grandir dans un quartier « difficile », Midsommar, film d’horreur à l’esthétique soignée sorti en 2019, et enfin, 40 ans toujours puceau, comédie légère sur la virginité masculine avec Steve Carell dans le rôle principal.


6. The Mask You Live In – Jennifer Siebel Newsom

Au travers d’interviews d’experts et d’universitaires, ce documentaire sur la crise des garçons américains explique comment élever une génération d’hommes plus saine.


Un soir, autour d’un verre, une amie m’avait conseillé The Mask You Live In en me le présentant comme un des rares documentaire qui s’attelait à parler de masculinité toxique et de ce que signifie l’expression « être un homme » aujourd’hui. Sa description m’avait tout de suite donné envie de le regarder car l’étude des genres a toujours été l’un des sujets qui m’ont le plus intéressée en sciences sociales. Je suis intimement convaincue à l’heure actuelle que le féminisme et la déconstruction de la masculinité, expression malheureusement trop souvent confondu avec la notion de « virilité », vont de pair et qu’il est d’utilité publique que la société prennent davantage conscience des clichés de genre et de l’impact néfaste qu’ils peuvent avoir afin de bâtir des relations plus saines, respectueuses et équilibrées.

J’ai trouvé dans l’ensemble que The Mask You Live In était un documentaire intelligent, autant dans les messages véhiculés que dans la manière de les faire passer. Alternant entre entretiens « d’experts » (psychologues, activistes, sociologues, pédiatres, éducateurs…) et témoignages poignants d’hommes et de jeunes garçons de tous horizons mais aussi de parents, il nous est clairement montré que les clichés masculins collant à la peau des garçons dès leur plus jeune âge les enferment dans une forme de masculinité toxique, occasionnant ainsi du sexisme et de l’homophobie. Dès l’enfance, on apprend aux petits garçons, de façon plus ou moins inconsciente et plus ou moins flagrante, « qu’un homme un vrai » ne doit pas pleurer et ne doit pas se montrer vulnérable. La tristesse ne doit pas s’exprimer sous forme de larmes sous peine d’être vu comme quelqu’un de faible (la faiblesse étant d’ailleurs souvent malheureusement associée à l’homosexualité) et doit plutôt être sublimée en colère ou agressivité. À ces attentes émotionnelles s’ajoutent également des attentes physiques (grande taille, « virilité », présence de muscles, apparence qui ne doit surtout pas être « efféminée ») mais aussi matérielles (gagner bien sa vie, et surtout plus que sa femme par ailleurs dans une conception très hétérocentrée etc). Ces discours sont d’autant plus prégnants et structurants qu’ils sont véhiculés par les instances de socialisation primaire et secondaire, tels que la famille et les pairs (ami.e.s) mais aussi les médias (publicité, cinéma…). Le documentaire est d’ailleurs entrecoupé de scènes courtes de films et séries mais aussi de faits divers et de statistiques, démontrant ainsi la véracité des propos. La sur-exposition à un contenu pornographique sur Internet, dont une grande majorité présente bien souvent des relations violentes à l’égard du genre féminin, combinée à l’absence d’éducation sexuelle à véritablement parler (et l’absence de transmission de notions clés comme celle de consentement) contribue à renforcer la culture du viol déjà bien trop présente et à normaliser la violence envers les femmes. Sont également abordés d’autres sujets tels que le racisme, le harcèlement scolaire, la dépression et le suicide, les violences et agressions familiales et sexistes, le viol ou encore les jeux vidéos et la pornographie comme évoqué plus haut. Il n’est pas dans ce film question de trouver des excuses à des hommes violents, des agresseurs et des violeurs mais plutôt de chercher à en comprendre les causes et origines afin de commencer un travail qui s’avère massif de changement des mentalités.

En définitive, The Mask You Live In est un documentaire très instructif et accessible que je recommande fortement à tou.te.s et qu’il est surtout indispensable de faire visionner à tous les hommes de nos vies (frères, pères, grands-pères, oncles, amis…) afin d’éviter la répétition de schémas toxiques. Disponible sur Netflix, il s’adresse aussi bien aux personnes peu informées sur le sujet qu’aux initié.e.s.


7. Mignonnes – Maïmouna Doucouré

Amy, 11 ans, rencontre un groupe de danseuses appelé : « Les Mignonnes ». Fascinée, elle s’initie à une danse sensuelle, dans l’espoir d’intégrer leur bande et de fuir un bouleversement familial…


Vous avez très certainement entendu parler de Mignonnes car ce film a récemment fait l’objet d’une énorme polémique. À l’origine, la campagne de promotion de Netflix, qui avait décidé de le mettre en ligne sur la plateforme US, et qui diffusait plusieurs images et scènes issues du film des actrices en train de danser de façon très suggestive. Selon certains internautes, Mignonnes était « dégoûtant », et qu’il ne fallait pas s’étonner après un film pareil qu’il y ait des pédophiles (oui oui, j’ai vraiment vu ce genre de commentaires… le dernier étant je trouve très choquant et d’une violence extrême car il justifie l’action de pédocriminels et rejette une nouvelle fois la faute sur les victimes). Bref, après avoir lu tout un tas d’horreurs, j’ai eu envie de me faire un avis et de voir si l’objectif de la réalisatrice de dénoncer l’hyper-sexualisation des jeunes filles était atteint, ou bien si le propos du film était plutôt maladroit.

Déjà, le film se regarde très facilement : il n’est vraiment pas long (environ 1h30) et je n’ai pas vraiment trouvé qu’il y avait de longueurs. Au niveau du jeu, les actrices principales sont toutes très jeunes donc il est vrai qu’il est difficile d’exiger d’elles la justesse que l’on peut attendre d’actrices plus âgées. Si j’ai trouvé que Fathia Youssouf Abdillahi (Amy) et Medina El Aidi (Angelica) étaient plutôt nuancées dans leurs interprétations, les autres jeunes manquaient parfois pour moi de finesse dans leur jeu. Au niveau du message véhiculé, le malaise que peuvent susciter certaines scènes est juste le sentiment recherché par la réalisatrice et si ça choque, c’est sûrement que le but est plutôt largement atteint. Il est pour moi clair et net que la sexualisation des « mignonnes » n’est pas montrée comme quelque chose de positif, mais plutôt comme quelque chose de dérangeant. Descendre ce film quand on connaît l’existence des concours de mini-miss aux États-Unis, de vidéos de jeunes filles très suggestives sur des réseaux sociaux comme Tik Tok, c’est juste pour moi ne pas vouloir voir la réalité en face.

En définitive, si Mignonnes ne fera pas partie de mes films coups de coeur de cette année 2020, le sujet de la sexualisation infantile abordé dans le film méritait d’être traité et l’a plutôt bien été je trouve. Si vous souhaitez vous faire votre avis après les critiques virulentes dont il a été à la cible, je vous le recommande chaudement !


8. Moonlight – Barry Jenkins

Après avoir grandi dans un quartier difficile de Miami, Chiron, un jeune homme tente de trouver sa place dans le monde. Moonlight évoque son parcours, de l’enfance à l’âge adulte.


Avec trois oscars dont celui du meilleur film en 2017, Moonlight avait été un gros succès critique à sa sortie. J’en avais beaucoup entendu parler, et les sujets traités dans le film (l’homosexualité et l’homophobie, grandir dans une cité…) m’avaient vraiment donné envie de le voir. On m’avait vendu Moonlight comme un film vraiment poignant et trigger donc je voulais attendre d’être dans de bonnes conditions pour le visionner.

Premièrement, on ne peut que saluer l’esthétique du film : les plans sont vraiment très beaux, toujours choisis avec soin et le travail sur les couleurs est vraiment appréciable. Le film est accompagné par moment de musique classique qui vient vraiment renforcer l’intensité des scènes. Le film se découpe en trois parties, la première durant l’enfance, la deuxième durant l’adolescence et la troisième durant l’âge adulte avec des ellipses à chaque fois, ce qui est vraiment intéressant car cela permet de suivre la progression et l’évolution de Chiron et ses relations, de capter la complexité de son personnage et de son entourage. Le film dure 1h50 mais son rythme fait qu’il m’a sincèrement semblé rapide. Si le film est émouvant et dur par moments, je m’attendais par contre à pleurer au vu de ce que l’on m’avait dit. Quant au côté trigger, je m’étais préparée à pire mais au final, les scènes violentes ne constituent pas une grande partie du film.

En définitive, Moonlight est un beau film, tant sur le plan visuel que sur les sujets abordés et le traitement qu’il en est fait. Je recommande.


9. Midsommar – Ari Aster

Dani et Christian sont sur le point de se séparer quand la famille de Dani est touchée par une tragédie. Attristé par le deuil de la jeune femme, Christian ne peut se résoudre à la laisser seule et l’emmène avec lui et ses amis à un festival estival qui n’a lieu qu’une fois tous les 90 ans et se déroule dans un village suédois isolé. Mais ce qui commence comme des vacances insouciantes dans un pays où le soleil ne se couche pas va vite prendre une tournure beaucoup plus sinistre et inquiétante.


Je vous avais expliqué dans le #1 de 1 an, 100 films que les films d’horreur, ce n’était a priori pas trop mon truc mais je me rends de plus en plus compte que ce genre m’attire et que j’ai envie de le découvrir davantage. Je n’avais vraiment jamais entendu parler de Midsommar avant octobre mais un de mes colocataires nous a proposé de le visionner à l’occasion de la veille d’Halloween.

Premièrement, ce film d’horreur est juste magnifique sur le plan esthétique : les plans sont soignés, les couleurs sont magnifiques et ça, ça fait plaisir. Au niveau du casting, on retrouve quelques têtes connues : Will Poulter (Les Miller, Le Monde de Narnia) mais aussi William Jackson Harper (The Good Place). Sur le plan vraiment « horreur », quelques scènes sont un peu dégoûtantes mais globalement, j’ai plutôt bien supporté le film. Je suis parfois restée un peu perplexe face à quelques éléments du scénario que j’ai trouvé assez grotesques et qui contribuaient à rendre le film plus drôle qu’autre chose à certains moments (ce qui a sûrement clairement été facilité par le fait que je n’étais pas seule). Au niveau de la tension, je n’ai pas forcément ressenti un gros crescendo, mais le malaise est cependant palpable tout du long. Point intéressant cependant : le film se passe tout le temps de jour, seules quelques rares scènes se passent dans la pénombre, ce qui est quand même peu fréquent pour le genre et qui mérite je trouve d’être souligné. Le film dure 2h30, ce qui est quand même assez conséquent, et même s’il peut y avoir parfois quelques longueurs, il ne m’a pas semblé si long que ça au final.

En définitive, Midsommar ne sera sûrement pas le film d’horreur de la décennie mais certains éléments comme la beauté du film ou encore la volonté de faire peur de jour valent quand même le détour.


10. 40 ans toujours puceau – Judd Apatow

Andy Stitzer est le chef d’inventaire à SmartTech, magasin d’électronique. À 40 ans, vivant seul, il est fan de figurines, joue du tuba et passe une bonne partie de sa journée devant des jeux vidéos. Un jour, trois de ses collègues, David, Cal et Jay l’invitent à une partie de poker qui se déroule dans le magasin. Durant cette partie, le sujet de discussion tourne sur le sexe. Mais quand Andy raconte une histoire potache, les trois hommes découvrent le secret du quadragénaire : il est puceau. Ils le prennent en affection après avoir découvert son secret, et décident d’y remédier.


Je connaissais le réalisateur Judd Appatow grâce à la série humoristique Love qu’il avait créée et que j’avais bien apprécié il y a quelques années de ça. Mon copain avait bien apprécié 40 ans toujours puceau, il m’en avait pas mal parlé mais on ne l’avait jamais regardé ensemble alors on s’est lancé un soir où j’avais envie d’un film léger.

J’ai trouvé cette comédie globalement assez drôle. Pour autant, il ne faut par contre pas vous attendre à un humour de haute voltige : on est clairement sur du débile et du beauf, parfois du très beauf (il faut aimer). Le héros s’embarque dans des situations pas possibles toujours plus WTF. Néanmoins, le personnage de Steve Carell est plutôt touchant et mignon entre deux blagues. J’ai également bien aimé le personnage de Trish, interprété par Catherine Keener dont je vous avais parlé dans le #1 de 1 an 100 films. Cette comédie aux airs de film romantique se regarde facilement, sans qu’il n’y ait de longueurs.

En définitive, 40 ans toujours puceau est une comédie sans prise de tête et plutôt feel good à regarder pour se détendre. Passez votre chemin si vous cherchez quelque chose de sérieux. Foncez si vous voulez simplement vous changer les idées ET que vous êtes un tantinet sensible à l’humour beauf et con.

2 réflexions sur “Mignonnes, The Mask You Live In, Midsommar… 1 an 100 films #2

  1. Antonio

    Hello Nina ,

    J’ai vu « the mask you live in » – c’est vrai malheureusement qu’il reste un travail de psychologie énorme à mener.

    Regardez le film ( en version sous titrée pour mieux imprimer si besoin ) . C’est tellement vrai que ça fait froid dans le dos et malheureusement après l’avoir vu , personne de sincère ne pourra dire qu’il ne tombe pas des nues ( moi j’ai littéralement pris une gifle ) .
    Le problème c’est que c’est la vérité vraie et toute crue , la triste réalité.
    Et pour le coup c’est universel.

    Le visionnage de ce film devrait être encouragé et diffusé dans les écoles .
    Il est d’UTILITE PUBLIQUE et prioritaire d’éducation .

    Il me reste à convaincre le fiston de le regarder mais j’ai bon espoir .
    Merci de me l’avoir conseillé et d’en parler sur ton blog , c’est une petite goutte d’eau supplémentaire mais tellement vitale .
    Bises
    Antonio

    Aimé par 1 personne

    1. Hello Antonio,
      Merci pour ce beau commentaire. Je suis ravie que tu aies aimé The Mask You Live In et que tu l’aies trouvé aussi instructif et criant de vérité ! Ça fait vraiment plaisir de voir que ce sujet intéresse et que les mentalités sont en train de changer (du moins je l’espère).
      À très bientôt, bises,
      Nina

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