Et si on laissait nos poils un peu tranquilles ?

J’avais envie de faire cet article depuis longtemps. Bien plus personnel que ce que j’écris d’habitude, ce sujet m’apparaissait être l’un de ceux que je devais et voulais le plus aborder. Parce que même si de plus en plus de photos de femmes à poilS fleurissent sur Internet, que le #januhairy est devenu viral, beaucoup n’osent encore pas sauter le pas par peur d’être jugées, de ne plus se sentir désirées ou de subir des remarques déplacées et blessantes. Beaucoup n’ont pas l’impression d’avoir le choix alors qu’il s’agit de leur propre corps, ce que je trouve dommage et réellement triste.

Je vous livre donc ici mon témoignage et mon cheminement intérieur quant à l’épilation et aux poils, en espérant que cela ouvrera à la discussion.


« Les poils, c’est sale et pas féminin »

J’ai commencé à me raser assez jeune. C’est même moi (et je m’en veux aujourd’hui) qui faisait comprendre à ma mère que je ne trouvais pas ça très esthétique quand les siens n’étaient pas parfaitement épilés. Un jour, alors que j’étais en CM2, un ami m’a fait une remarque, qui devait lui sembler très anodine mais qui m’a énormément embarrassée sur le moment :

Beurk ! Tu as des poils !

Je levais les bras et il a simplement lancé ça avec une moue un peu dégoûtée. Je me suis alors dit que c’était normal pourtant d’avoir des poils, non ? « Puis je n’en ai pas tant que ça ! ». Et puis, lui aussi en plus en avait quelques-uns… Ce qui était « badass » ou « cool » sur lui et ses congénères s’avérait tout de suite beaucoup plus écoeurant dès qu’il s’agissait de moi, une « fille ».

Le soir, je suis rentrée et j’ai immédiatement demandé à ma mère de m’acheter des rasoirs. Alors que je me sentais déjà pas toujours très à l’aise dans ma peau avec mes petits bourrelets et mes deux têtes de plus que tous les gens de mon âge, je ne voulais surtout pas qu’un autre sujet puisse être la cible de moqueries.

J’ai donc commencé par raser mes aisselles pendant quelques mois ou années, cette période étant encore pour moi un peu floue, et puis ma mère m’a ensuite donné l’épilateur électrique qu’elle avait plus jeune. Je me sentais tellement plus femme à ce moment-là : j’étais enfin une grande. J’ai donc épilé toutes mes jambes et j’étais admirative devant leur nouvelle douceur. J’ai même recommencé le lendemain pour parfaire le tout.


« Il faut souffrir pour être belle »

Bah oui, je l’avais déjà entendue plusieurs fois cette phrase, donc c’est bien qu’elle devait être vrai, non ?

J’ai donc continué comme ça pendant de longues années sans jamais vraiment me poser de questions ni remettre en cause cette pratique. Bien que mon épilation n’était souvent pas « nickel », je le faisais régulièrement pour me sentir bien dans ma peau sans jamais avoir recours à une esthéticienne.

Je n’étais pas obsédée par ça non plus : je m’épilais les 1/2 jambes, le maillot assez légèrement (intégralement, c’était un grand NON pour moi) et les aisselles régulièrement. Mais c’était quand même devenu une habitude, et mon premier réflexe quand j’en voyais de nouveaux, c’était de me dire qu’il fallait que je les arrache parce que là, si quelqu’un le voyait, c’était un peu la honte quand même.

J’avais même pensé à l’épilation par laser alors que j’étais au lycée. Je me disais : « Oui bon, ça fait mal et ça coûte une blinde (entre 2080 et 3300 quand même pour aisselles, maillot et 1/2 jambes…). Mais imagine le temps que tu gagneras ! Et puis tu seras toujours parfaitement épilée, c’est génial ! ».


« Pourquoi ? »

Et puis ça a fait son petit bonhomme de chemin. J’ai commencé à me demander simplement « pourquoi ? ». Pourquoi c’était devenu une habitude ? Pourquoi, même si je ne souffrais pas le martyr et que la repousse n’était pas trop douloureuse (j’avais cette « chance »), je m’infligeais ça ? Pourquoi dépenser mon temps et mon énergie là-dedans alors que je vivais déjà à 1000 à l’heure et que j’avais plein d’autres choses beaucoup plus intéressantes à faire ?

Je me suis également demandé « qui ? ». Pour qui est-ce que je faisais ça ? Qui m’avait appris à trouver ça moche et peu désirable ? Qui avait décidé qu’enlever ses poils, c’était ça la norme et que c’était esthétique ?

Mais aussi, je me suis demandé si j’avais envie que, plus tard, les petites filles de mon entourage trouvent ça dégoûtant et les épile par automatisme, sans jamais se poser la question ? Est-ce que je n’avais pas envie de leur donner un autre modèle et de les faire s’accepter telles quelles sont ?

Et surtout, le plus grande question qui me revenait c’est « pourquoi je me plie à cette pratique genrée ? ». Pourquoi chez nous les femmes, c’était no way tandis qu’un mec avec une bonne barbe, avec des poils sur le torse, les jambes et les aisselles, c’était la plupart du temps considéré comme sexy et « viril » ? Parce qu’en fait oui, alors que les poils, c’est  quelque chose de totalement naturel, chez hommes comme femmes, et signifie simplement qu’on l’on devient adulte, c’était devenu un attribut exclusivement masculin.

Pourquoi, même à la télé dans une publicité pour des rasoirs, il était hors de question de montrer des poils féminins ? Pourquoi c’était tabou ? Est-ce que c’était pas encore une fois une n-ième forme de domination, de contrôle exercé sur notre corps par la société ? Et que s’écarter de cette norme toute-puissante, c’était certes s’exposer à un lot de remarques mal placées et heurtantes, mais aussi et surtout revendiquer, se rebeller, et quelque part dire : « on en a marre, on est suffisamment fortes et indépendantes pour choisir ce que l’on veut pour nous et notre corps » ?

Beaucoup voient en cette remise en question quant à l’épilation quelque chose de « superficiel », de « pas si important que ça », et que « rooooh tu exagères, c’est rien ». Ça ne l’est pas du tout pour moi. C’est anodin en apparence, et c’est bien pour ça que beaucoup trouvent ça normal de s’y conformer car c’est un comportement intériorisé depuis de longues années. Mais, en fait, si on y réfléchit bien, c’est juste totalement insidieux.


« Je ne suis pas un objet de désir. »

Alors, après m’être posée toutes ces questions, j’ai décidé d’arrêter. Et de voir que la personne que j’aimais ne voyait aucun souci à ça et m’encourageait dans cette décision m’a d’autant plus décidé et facilité la tâche, c’est vrai.

Cela ne s’est pas fait d’un coup et sans aucune difficulté, cette pratique étant encore pour moi assez ancrée. J’ai « cédé » quelques fois, notamment l’été, ou quand j’allais à la piscine et que j’exposais donc mon corps en public, ce qui est bien évidemment le plus dur. Mais c’est tout. Et à vrai dire, quand j’enlevais mes poils d’aisselles, je ne me sentais plus vraiment moi.

Là, ça doit donc faire un an et demi que j’ai arrêté de m’épiler. Et je me porte très bien. Ça me permet de me sentir en accord avec mes valeurs d’une part. J’ai aussi décidé d’en faire une sorte de combat et d’acte militant, les poils étant pour moi totalement politiques.

Je me fiche de savoir si cela plaît à mon entourage, si cela plaît aux inconnus dans la rue tant que cela me plaît à MOI. Arrêter l’épilation m’a aussi permis de remettre cela en question. Alors qu’avant, je faisais quand même plutôt attention à mon apparence, j’ai commencé à me dire qu’en fait, je me fiche que les gens que je ne connais pas (et même ceux que je connais) me trouvent belle. Que de toutes manières, les remarques sur mon physique m’ont toujours énormément énervée, tout comme l’importance qu’on accorde à ce dernier, au détriment de plein d’autres qualités. Puis, qui a décidé que la « Beauté » était une qualité ?

Surtout que je ne suis pas moins belle avec mes poils. Je m’écarte de cette manière un peu de la norme et c’est une beauté parmi d’autres qui me plaît. D’autant plus que si je trouve ça à la fois joli et badass sur les autres, pourquoi pas sur moi ?

Alors, je pense sincèrement qu’il est aujourd’hui de notre pouvoir et de notre devoir de redéfinir et de concevoir ensemble notre propre féminité et beauté, à la fois plurielle et ouverte. Qui accepte les poils en les dé-masculinisant et en se les réappropriant. Qui dit non aux diktats et qui fait de les enlever ou pas un choix, et ce à la manière d’une coupe de cheveux.


Si vous souhaitez lire d’autres courts témoignages illustrés de femmes qui parlent de leur expérience avec les poils, je vous conseille le très bon compte Instagram Le Sens du Poil grâce à lequel j’ai illustré mon article. Avec des photos magnifiques, il présente des femmes inspirantes et éclatantes qui ont décidé d’arrêter de se conformer à cette norme de beauté imposée.

Vous pouvez aussi retrouver sur leur site les 4 épisodes de leur web-série documentaire. En un mot : inspirant !

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